Sortir de la crise de l’élevage à l’ordre du jour de la Conférence-Débat annuelle du SIMV

Le Syndicat de l’Industrie du Médicament et diagnostic Vétérinaires (SIMV) a organisé sa conférence-débat annuelle le lundi 4 juillet au Studio le Cyclone à Paris. Cet évènement a rassemblée les différentes parties prenantes impliquées dans les filières françaises de l’élevage.

 

Le SIMV est le représentant des laboratoires fabricants et responsables de la mise sur le marché français des médicaments et diagnostics destinés aux animaux de compagnie et d’élevage.

En raison de l’actualité, la conférence avait pour thématique « Sortir de la crise de l’élevage français » et s’articulait autour de deux tables rondes :

-          une table ronde « état des lieux »

-          une table ronde « visions et perspectives ».

 

1ère table ronde

La gouvernance sanitaire et l’état sanitaire de la France des atouts à valoriser [1]

Lors d’une présentation de Jean-Luc Angot du Ministère de l’Agriculture français, celui-ci a pu rappeler l’excellente « gouvernance sanitaire » de la France face aux épizooties et des atouts en termes de diversité de ressources foncières, fourragères et de sa situation sanitaire. Il a notamment indiqué l’excellent travail réalisé par le Réseau Français pour la Santé Animale permettant de répondre rapidement aux crises émergences sur notre territoire comme a pu le montrer leur réactivité sur la FCO ou SBV. Cela a notamment été possible grâce à la mise en œuvre de bonnes pratiques de partenariat public-privé au sein de ce réseau.

Compétitivité des filières avicole et porcine dans le contexte européen, place de la France[2]

Les difficultés que rencontrent actuellement les filières avicoles et porcines françaises traduisent, en fait, une perte de compétitivité par rapport à leurs concurrentes immédiates, allemande, belge, néerlandaise et polonaise pour la filière avicole, allemande et espagnole pour la filière porcine.

 

Elles sont dues à plusieurs facteurs dont :

 

·         la réduction de l’écart des performances techniques par rapport à la France qui se situe toujours parmi les meilleurs ;

·         des investissements importants dans les élevages (construction de bâtiments neufs ou restructuration lourde de bâtiments anciens) et dans le secteur industriel (abattoir neuf ou modernisé avec un fort niveau d’automatisation) notamment en Allemagne et en Espagne ;

·         une forte coordination entre les différents maillons de la filière (partenariat fort, contractualisation, intégration) et mise en œuvre des nouvelles potentialités offertes par la génomique (sélection multicritère).

 

Par ailleurs, d’une part, les attentes des clients évoluant, la demande en produits agroalimentaires intermédiaires (PAI), pour la fabrication de produits élaborés, va croissante quelle que soit la viande considérée. D’autre part, les attentes en matière de bien-être animal (œuf, foie gras, porc,…), une moindre utilisation de molécules chimiques et un recours plus fréquent à des substances naturelles sont aussi souhaitées (lapin, porc,…). La compétitivité des filières se joue également sur la capacité à répondre aux demandes des consommateurs.

 

Filières laitière et viande bovine françaises: au-delà des crises, quelles perspectives ?[3]
Les éleveurs laitiers français vivent une crise profonde depuis l’an passé, et, à leur suite, les éleveurs bovins viande. Les revenus des éleveurs laitiers français ont diminué de moitié en 2015.

Quel avenir pour la filière lait française face au dynamisme de celles d’Europe du Nord,  en Irlande, aux Pays-Bas, au Danemark, en Pologne, voire en Allemagne ? Les atouts de la filière française restent bien supérieurs à ses points faibles. La structuration de la filière est particulière en France : 55% de la transformation est le fait d’entreprises privées, dont la priorité est de produire des produits, souvent à forte valeur ajoutée, principalement pour le marché intérieur. Pourtant la France laitière exporte 40% de sa production, surtout vers d’autres pays européens, et pour 10% sur le grand export. Mais il s’agit alors surtout de « commodités ».

Une autre spécificité française est la diversité des systèmes, qui s’adaptent à une diversité de conditions pédo-climatiques et de relations contractuelles de filières. Les exploitations laitières françaises sont souvent des collectifs d’associés égaux. Autre originalité, le contrôle des structures qui limite les bulles de prix du foncier. Ces originalités sont porteuses d’avenir, mais peuvent aussi avoir des effets pervers, en termes de ciblage d’investissement par exemple ou encore de difficultés managériales. La restructuration laitière se poursuit à un rythme de 3,7%/an depuis une quinzaine d’années. L’enjeu est donc bien de corriger les faiblesses pour préparer les systèmes, la formation, le conseil et les relations de filières de demain.

Les aléas, qu’ils soient climatiques, sanitaires ou économiques, ne vont pas se raréfier. La priorité est donc de concevoir des systèmes les plus résilients possibles. Chaque chef d’exploitation doit pouvoir expliciter sa propre stratégie d’entreprise, en fonction de ses objectifs de vie. La recherche de gains de productivité restera une nécessité, même si elle prendra des voies différentes selon les systèmes choisis. Dans ce cadre, les stratégies de préventions sanitaires ont toute leur place, notamment la vaccination. En effet, les pertes périnatales par exemple sont encore considérables dans les filières ruminants, induisant de fortes pertes de valeur. De même, le plan EcoAntibio est une contrainte forte, qu’il faut parvenir à convertir en opportunité.

Système alimentaire, attentes des consommateurs et produits animaux[4]
Comment l'évolution des conduites alimentaires et des représentations sociales modifie en profondeur la consommation des produits animaux (viandes, lait, oeufs) ? Ces produits étaient des composantes fondamentales du modèle alimentaire des dernières décennies. Ils sont de plus en plus remis en question par la montée en puissance de la valeur “sante”, par le “développement durable” et par l'affirmation de l'animalisme. Plus profondément, la consommation de ces produits change sous l'effet de l'évolution des rapports sociaux (urbanisation, salarisation, féminisation, vieillissement, “alimentations particulières”), de l'évolution des rapports au temps (réduction des moments de cuisine et de repas, nouveaux rythmes de vie, recherche de praticité) et de l'évolution des rapports à l'espace (mobilité, nomadisme, alimentation fonctionnelle et intercalaire d'accompagnement). De fait, notre système alimentaire est en constante mutation, dépendant des transformations plus générales de la société et des modes de vie. Ces changements sont souvent perçus comme des crises passagères, négatives, déstabilisantes, et comme des évolutions contre lesquelles il faut lutter. Nous proposons plutôt de les considérer comme des mutations banales et normales de notre rapport aux animaux et à l'alimentation.

2ème table ronde

Les principales attentes des consommateurs[5]

Passer du « techno push » au « market pull »

Elizabeth Pastore-Reiss, directrice générale de Greenflex, a rappellé que les attentes des consommateurs sont fortes pour les produits locaux, la qualité et le bien-être animal. En effet, 59% des français disent privilégier la qualité quitte à payer plus cher[6]. Et le bien-être animal est un sujet qui préoccupe 68% des français dans leur choix d’achat. De plus, 38% des français disent consommer moins de viande (+5 points par rapport à 2014).

Face à leur défiance vis-à-vis des politiques et des industriels, « l’engagement [des industriels sur ces sujets] paie. Il faut passer du « techno push » (volumes de production) au « market pull » (écouter le marché), suggère-t-elle. Il y a un énorme déficit de pédagogie, d’explications, d’innovations. »

Perception du niveau d’exposition de la France face aux crises sanitaires[7]

Les crises sanitaires via le concept « One Health, One world » a permis de faire émerger un nouveau mode de réponse notamment via l’open innovation. Cette nouvelle forme d’innovation a permis la mise en place de partenariat public-privé ou privé-privé au sein des entreprises qui a favorisé la réactivité des entreprises et de la recherche académique face à une crise émergente. De plus, la recherche académique grâce à ce nouveau mode d’innovation a pu travailler sur de nouvelles ressources d’innovation. Grâce à ces nouvelles méthodologies nous avons énormément appris des anciennes crises sanitaires ce qui nous permet aujourd’hui en France de renforcer nos réseaux existants pour pouvoir mieux répondre aux prochaines crises. Par exemple, ces sujets sont en train d’être développés dans ce réseau via l’open innovation :

-          Comprendre l’interaction avec le microbiome de l’agent pathogène : notion de pathobiome

-          Utiliser de nouvelles stratégies pour aborder l’interaction agent pathogène cellule hôte

-          Intégrer de nouveaux outils techonologiques partagés : édition des génomes pour générer des mutants maitrisés à visée vaccinale.

 

En résumé, en France, nous partons du constat que pour répondre aux crises sanitaires, il nous faut une recherche pluridisciplinaire partagée avec un travail sur l’acceptation sociétale. Ces sujets sont notamment développés au sein du Réseau français pour la santé animale.

 

Les exploitations agricoles dans un monde en changement[8]

Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA, a indiqué que  Le monde agricole devait amorcer une vraie mutation pour passer d’une politique d’offre à une politique de demande. Le monde agricole ne l’a pas suffisamment anticipé. Il faut relever le défi du “manger local”.

Il s’est montré plus réticent vis-à-vis des gammes sans OGM et sans antibiotiques, qui stigmatisent les autres systèmes de production. Sauf que l’offre en ces produits explose dans les grandes surfaces, en particulier dans le porc,

 

La profession vétérinaire et la compétitivité de l’élevage français : conseiller et s’adapter[9]

Une diversité des systèmes d’élevage en France avec une augmentation de la dimension des exploitations et donc de plus en plus d’information à intégrer pour le vétérinaire. Les besoins en outils innovants, performants (tableau de bord) et de capacité multiple augmentent.
 

Quelle place pour le vétérinaire dans un système de précision avec l’émergence des nouvelles technologies et de données d’information multiples.

Il faut davantage cibler les animaux qui en ont besoin grâce à de nouveaux outils de diagnostic et

Identifier les situations où il faut renforcer la prévention dont le recours à la vaccination

Le Vétérinaire doit renforcer son rôle de conseiller en collaboration avec l’éleveur et accompagner au cas par cas les systèmes d’élevage. Cela nécessite de connaitre les différents systèmes
L’enjeux est de faire du cousu-main, faire évoluer les interventions en adaptant conseil sanitaire à chaque élevage et système d’élevage et être capable de s’adapter à ces systèmes avec ses objectifs et ses contraintes.

 

Il faut donc former les nouvelles générations vétérinaire pour s’adapter être guide et conseiller qui résultera d’une discussion d’équilibre entre l’éleveur et le vétérinaire




[1] Jean-Luc Angot, Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) 

[2] Yves Trégaro, Chef de l'unité produits animaux et viande de FranceAgriMer

[3] Philippe Chotteau, département économique, Institut de l’élevage

[4] Bruno  Hérault, Centre d’Etude Prospective (CEP), Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt

[5] Elisabeth Pastore Reiss, Directrice Générale de Greenflex-Ethicity

[6] Obsoco

[7] Pascal Boireau, Directeur du laboratoire de santé animale, Anses

[8] Joël Limouzin, Vice-Président, Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA)

[9] Christine Fourichon, Enseignant-chercheur à Oniris, Directrice de l’UMR Oniris/Inra BIOEPAR

 

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